Anne Jarry est professeure agrégée à l’Université de Montréal, là où elle a obtenu un diplôme d’intervention en déficience visuelle à l’École d’optométrie (après un bac en psychologie et une maîtrise en éducation). Spécialisée en substitution de la vision, elle enseigne notamment à la maîtrise en sciences de la vision, une formation de plus en plus prisée par les étudiants et étudiantes ainsi que par les ergothérapeutes en quête de spécialisation qui seront bientôt invités à opter pour le D.E.S.S.

« Il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme de premier cycle en optométrie pour intégrer la maîtrise en sciences de la vision! Ni même en sciences de la santé », lance d’emblée Anne Jarry, elle-même malvoyante, qui a remporté le prix Inspiration en 2014 à la suite d’une lettre signée par ses étudiants et étudiantes soulignant le plaisir qu’ils avaient eu à suivre ses cours. Bien mérité.

À la session d’automne, les trois cohortes de la maîtrise étudient ensemble durant les cours du tronc commun. « Tout le monde entend alors parler des pathologies oculaires, de l’histoire de la déficience visuelle et de la réadaptation, de la pathologie oculaire de 0 à 100 ans, etc. À l’hiver, on commence à avoir des sous-branches où chacun et chacune est libre de se spécialiser […]. »

Une fois leur diplôme obtenu, les étudiants peuvent travailler dans les différents réseaux de la santé comme les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS). « Les postes se trouvent dans l’un des 13 centres de réadaptation à travers le Québec. Tout comme dans certains organismes communautaires. […] Nous savons également qu’en 2019, une importante vague de départ à la retraite est prévue chez les spécialistes en déficience visuelle au Québec… »

À qui s’adresse cette maîtrise? Aux étudiants en provenance de diverses spécialités comme la psychoéducation, les neurosciences, la neuroscience cognitive, la psychologie, les sciences sociales et l’enseignement, entre autres. 

Si une personne a plutôt un profil informatique par exemple, elle devra avoir suivi des cours ou réalisé des expériences concrètes en relation d’aide pour être admise. « Si on aime l’être humain mais aussi comprendre comment le cerveau humain se réajuste malgré une absence ou une baisse de la vision et qu’on s’intéresse aux nouvelles technologies, c’est une formation passionnante ! C’est fascinant de voir le fonctionnement de l’humain et sa capacité ou non à s’adapter à un monde de voyants », raconte la professeure, fière de transmettre ses connaissances et de vulgariser ce qui pourrait sembler incompréhensible au départ. « Je donne énormément d’exemples très concrets à mes élèves et c’est ce qu’ils préfèrent! Ils aiment quand je prends des détours. »

En 2018, Anne Jarry aimerait agir pour réduire les barrières physiques dans l’environnement afin que l’inclusion soit rendue réellement possible. « Si on réduit les obstacles dans l’environnement, il y a une meilleure chance pour les personnes comme moi, qui ont une basse vision, de continuer […] à fonctionner dans la société. Je me souhaite de sensibiliser le plus grand nombre de personnes possible à cette réalité », confie celle selon qui le plus gros obstacle actuel n’est autre que le manque de connaissances et qui prend donc son rôle d’enseignante très à cœur. 

« Aux États-Unis, il y a une loi pour faire en sorte que les barrières physiques soient atténuées ou réduites totalement. Au Canada, il n’y a pas de loi! Rien qui dit, par exemple : si tu fais un site Web, ton site doit être accessible à tous […] Les gens ne savent pas quoi ni comment faire pour rendre l’environnement accessible », confie la professeure agrégée qui compte notamment sur l’intelligence artificielle pour aider à réduire ces différentes entraves.

Début 2018, avec son équipe, il est d’ailleurs prévu de tester des outils à mettre en place pour que Google Home fonctionne avec Google Chromecast en suivant une liste de tâches établie en fonction des besoins d’une personne malvoyante. « Cela nous permettrait de voir comment une personne non voyante pourrait, par exemple, aller chercher une recette et se la faire lire, ou bien ouvrir la télé et savoir sur quelle chaîne elle est, etc. Pour l’instant, ce sont des petits gadgets pour les voyants alors pour les non-voyants, c’est l’avenir! »

D’ici peu, Anne Jarry prévoit également de collaborer avec Tech3lab, un laboratoire de recherche appliquée en sciences de la gestion qui se spécialise dans l’analyse des interactions entre les interfaces technologiques des organisations et leurs employés ou consommateurs. « Ils sont ouverts à me rencontrer et à avancer avec nous à l’École d’optométrie », a confié la professeure.

Pour en savoir plus, contactez Anne-Jarry : anne.jarry@umontreal.ca

À propos de l'auteur
Daisy Le Corre

Daisy est journaliste et chargée de projet au Service de l'admission et du recrutement. Amoureuse des mots et de la vie des gens, elle a toujours des idées plein la tête! Indiscrétion : elle voue un culte infini à Catulle Mendès, l'auteur qui lui permet d'étudier l'androgynie dans les oeuvres décadentes du 19e siècle. Raison pour laquelle elle poursuit sa recherche en littératures à l’UdeM…

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