Crédit: Daphné Archambault

Mouna Bahtit, diplômée d’une maîtrise en administration des services de santé à l’UdeM, est la co-fondatrice de l’Institut International pour la santé des femmes (IISF), un organisme qui lutte pour l’amélioration de la condition des femmes issues de minorités ethnoculturelles. Rencontre avec une passionnée.

Quel est votre parcours universitaire ?

La cause sociale des femmes a toujours existé pour moi, depuis le départ au Maroc, où j’étais étudiante en médecine et où j’ai travaillé aux urgences. J'y étais bénévole pendant mes études, ce qui n’est pas usuel en Afrique ou en Europe. En tant que médecin à Casablanca, j’ai beaucoup travaillé avec des femmes. J’ai commencé à faire mes vraies expériences de la cause: femmes battues, prostituées, mariages forcés, certificats de virginité.  Ça a marqué un tournant pour moi, et j’ai saisi à quel point j’étais privilégiée.

Comment êtes-vous arrivée à Montréal ?

Je me suis dit : je vais essayer le rêve américain, voir comment ça se passe en Amérique francophone. Après le choc du 11 septembre, j'ai commencé à chercher ce que je pouvais faire dans le domaine de la santé, surtout à l'UdeM, en attendant de savoir si j'allais faire mon équivalence. Dans ce temps-là, il n'existait pas de programme correspondant à ce que je voulais faire, mais tout mon amour était pour le français. Le Québec n'était pas une option, pas un choix mais une évidence qui s'imposait à moi!

Pourquoi avoir choisi l'Université de Montréal?

Les diplômés de l'UdeM ont cette propriété francophone. Pour moi ça a été une question de proximité avec la plus grande université francophone à Montréal. Mon réseau, c'était l'UdeM. Le diplôme le plus convaincant était celui en administration des services de la santé: pouvoir aider à résoudre des choses en fonction de ce que j'avais acquis et comprendre le grand mystère du système de santé au Québec. J'ai fait une maîtrise suivie d'un mémoire sur la migration des médecins vers les autres provinces canadiennes et les États-Unis. L'UdeM a été ma première vraie expérience de la vie nord-américaine francophone. Ma vie aurait été différente si j'avais fait cette formation ailleurs. La langue a été un choix car les Magrébins qui viennent ici sont francophones. C'est ce phénomène de francophonie que j'ai vécu à l'UdeM.

Comment vous êtes-vous spécialisée dans la santé des femmes?

Dans un service d'urgence, tu en viens à faire de la consultation. J'ai appris plus tard que je faisais de l'approche globale de la santé en mettant mes patientes dans leur contexte. Je suis donc partie travailler dans un centre de santé - l'équivalent du CLSC - pour faire de la prévention. Je me suis rendu compte qu'il fallait appréhender les problématiques en amont, bien avant que les personnes viennent voir le professionnel de la santé. Les femmes sont celles qui prennent la santé des autres sur leurs épaules. J'ai commencé à donner des formations, des cours de vulgarisation, de prévention, sur les habitudes de vie, l'empowerment.

Quels ont été vos principaux accomplissements pour la santé des femmes ?

J’ai travaillé avec le RQCALACS, le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et la violence faite aux femmes. J’ai aidé à élaborer une série de fascicules sur l’intersectionnalité des discriminations dans le domaine de la santé. Si vous êtes une Québécoise pauvre, victime de violence et en besoin d’accès à la santé, ce n’est pas la même chose que si vous êtes noire et immigrante. C’était exactement ce que je vivais: arabe, musulmane, immigrée, femme, divorcée, d’ascendance juive. J’ai travaillé à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour adapter les programmes du gouvernement à la communauté arabophone. J’ai été engagée (par la Société canadienne du cancer en tant qu’ambassadrice de la campagne Mémo-mamo) pour adapter un programme de dépistage du cancer du sein aux communautés arabophones et d’Asie méridionale. La prévention ce n'est pas seulement la mammographie à 50 ans.

D’où est venu l’Institut international pour la santé des femmes ?

C’était une obligation de créer cet institut. On est dans une coopération Est-Ouest, on n’en veut plus de cette coopération Nord-Sud discriminatoire. J’ai beaucoup appris sur le terrain lorsque j’ai travaillé avec le RQCALACS sur l’image de soi, la violence faite aux femmes, l’hyper sexualisation, la santé des femmes racisées, minoritaires, voilées, que j’ai toujours défendues après la montée de l’islamophobie. Ce n’est pas parce que je ne partage pas leurs convictions que je ne vais pas les défendre pour qu’elles fassent ce qu’elles veulent. J’ai été sollicitée pour des séances de déradicalisation. Je vis l’approche globale de la santé dans toutes mes actions, mais il faut faire le suivi et aider à construire des ponts avec ces populations. C’est le Québec qui perd sinon, ce Québec qu’on aime. Si on décide d’y rester, c’est qu’on l’aime. Moi je me considère comme Montréalaise.

Quels sont vos souvenirs marquants de l'UdeM?

J’ai eu un cours de marketing social lors de ma maîtrise en administration de la santé qui a été extrêmement marquant. J’avais un professeur qui est une pointure au Québec dans ce domaine (François Lagarde). On avait fait un exercice au cours duquel j'ai réalisé les erreurs que j’avais commises au Maroc, où j’ai travaillé pour la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles sans formation. Le programme avait même échoué, car on n’avait pas tenu compte de certaines prérogatives. Rendue au Québec dix ans plus tard, j’étudiais le marketing social et je l’appliquais à mon intervention, que j’ai pu appréhender comme problème solvable. Ce genre de cours m’a beaucoup appris.

Pour en savoir plus sur la Maîtrise en administration des services de santé, c'est par ici !

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À propos de l'auteur(e)
Ambre Sachet

Ambre est journaliste au Service de l'admission et du recrutement et rédactrice pour le blogue Objectif UdeM. Critique culturelle et bloggeuse féministe, Ambre est une assoiffée de voyages, de cinéma et de littérature. Elle pourrait passer ses journées à décortiquer des films par l'écriture et à expliquer son adoration pour le néoréalisme italien.

Critique artistique
Féministe invétérée
Journaliste d'investigation

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