Montréal

Je suis née près de Paris, à plus de 5000 kilomètres de toi, Montréal. Petite, je rêvais d’Afrique, du Vietnam et de soleil sous les tropiques. J’imaginais le Canada comme un iceberg géant et Vancouver résonnait « vent couvert » dans ma tête. C’est en 2014 que je t’ai découverte, un peu par hasard. Avant de te rencontrer, j’étais une athée convaincue, depuis, je te voue un culte. Je me suis même inscrite à l’Université de Montréal parce que j’avais compris que c’était TON université. Montréal, laisse-moi te dire combien je t’aime et combien tu mérites ta place de meilleure ville étudiante en Amérique selon le classement QS Best Student Cities. 

On va se le dire Montréal, je t’aime d’un amour fou. Quand ma mère (bretonne) m’a demandé pourquoi, je n’ai pas su quoi lui répondre. Comme tous ceux qui parlent de toi avec des paillettes plein la tête et/ou des larmes aux yeux, j’ai vite compris que je ferais n’importe quoi pour passer ma vie à tes côtés. Moi, petite frenchie au milieu de toi, grande franco, la tentation était trop forte pour ne pas céder aux chants de tes sirènes.

Pour toi, j’ai plaqué ma vie parisienne, j’ai expliqué à mes proches que la « vraie » vie était ailleurs, j’ai repris mes études en littérature, j’ai décroché des bourses d’études, j’ai trouvé un emploi étudiant qui me ressemble et des boss qui me respectent, je me suis recréé un cercle de belles personnes plus précieuses qu’elles ne le sauront jamais, je me suis lancée dans la course à la résidence permanente, je me suis expatriée pour devenir ton immigrée. « Montréal, parce que je le vaux bien. » C’est ça que j’aurais dû répondre à ma mère.

J’ai fait tout ça parce que t’es fine Montréal. Tu nous gardes en vie, tu donnes envie. Tu ressembles à cet énorme bagel bien chaud qui sort du four et qu’on a envie de croquer à pleines dents après une grosse matinée de cours.

Une chance que t’existes, Montréal. Au milieu du chaos, tu es ce joyau qui scintille auquel on se raccroche quand tout dérive. Tu recèles de trésors et de figures enviés de par le monde entier. Parfois, c’est vrai, tu as des allures de Grosse Pomme mais jamais tu ne prends la grosse tête. T’es admirable de délicatesse et pleine de cerveaux bien faits qui s’évertuent à te redonner tes lettres de noblesse, amplement méritées.

Ces mêmes gros cerveaux qui forment la communauté d’humains que tu abrites et qui font des miracles au quotidien. T’en rends-tu compte? Eux-mêmes ne le savent pas vraiment. Il faut leur dire qu’ils sont remarquables tes protégés : votre empathie, votre amabilité, votre façon de jouer avec les mots et de remettre les points sur les « i » tout en finesse, c’est admirable.  

Jusque là, je m’étais dit que je garderais tout ça secret entre toi et moi, Montréal. Mais ça aurait été pire de me taire que de ne pas porter assistance à une personne en danger. T’en connais beaucoup toi des villes qui aident les gens à renaître, à se trouver, à se reconnaître, à se dépasser, à (re)prendre confiance en eux, à se sentir bien comme ils/elles sont, à avoir le choix de fonder leur famille comme bon leur semble? Crois-moi, j’en ai fréquenté d’autres avant toi. Ta légendaire modestie aurait pu te jouer des tours. Mais c’était sans compter sur ce classement qui vient de te couronner première ville étudiante en Amérique. Il était temps. Tu peux rougir, c’est le QS Best Student Cities qui le dit, t’as de quoi être fière mon adorée.

Avec mon regard d’étudiante internationale, je ne peux que confirmer ce résultat et le clamer haut et fort : tu as tout pour toi, ma Montréal. J'arrive même à trouver du charme à tes trottoirs glacés quand je me lève à 6 h 30 pour être à l’heure en cours (moi qui rêvais de palmiers et de cocotiers). Avec toi, j’oublie de parler de la pluie et du beau temps. Tu me ramènes à l’essentiel, tu me recentres. Je fais partie de ces maudits Français qui n'ont d'yeux que pour toi, et j’espère qu’on te le rend bien. T'es virale, Montréal.

Avant que je ne pose mes valises en ton sein, on m’avait dit : « tu verras c’est un peu comme New-York en plus petit ! ». D’autres s’inquiétaient que je ne parvienne pas à décrypter les nuances de tes divers accents, j’te niaise même pas. Ils n’avaient pas prévu qu’on tombe en amour sans même avoir besoin de partager la même langue.

C’est vrai qu’au début, j’ai cru que t’étais une ville de super-héros linguistiques (qui cachaient bien leur cape): je n’avais jamais vu personne switcher aussi rapidement d’une langue à l’autre avec une aisance aussi déconcertante que mon niveau d’anglais. 

Avec le recul, plus j’y pense plus je donne raison à Alex, cet étudiant français en communication à l’UdeM qui m’avait dit ça de toi : « Pour moi, Montréal est une ville cyberpunk située quelque part entre les années 1980 et 2030 ! ».  Aussi fasciné que moi par ton pouvoir d’attraction, il avait aussi ajouté : « Il y a vraiment de la magie dans cette métropole. Il se dégage quelque chose d’inexplicable, comme dans d’autres grandes villes marquantes, à l’image de Mexico, par exemple. Il faut y être pour comprendre. »

Moi je pense surtout que t’es complètement givrée Montréal, c’est ça ton credo. T’as pas froid aux yeux, tu rends possible ce qu’on croyait irréalisable ailleurs. Ton magnétisme est contagieux. 

Merci de m’avoir contaminée et permets-moi de dire ma ville quand je parle de toi à celles et ceux qui ne te connaissent pas encore. 

Avec toute mon affection.

PS : si je n’étais pas déjà mariée, je t’épouserais. 

Crédit illustration : Gabrielle C. Poirier

À propos de l'auteur
Daisy Le Corre

Daisy est journaliste et chargée de projet au Service de l'admission et du recrutement. Amoureuse des mots et de la vie des gens, elle a toujours des idées plein la tête! Indiscrétion : elle voue un culte infini à Catulle Mendès, l'auteur qui lui permet d'étudier l'androgynie dans les oeuvres décadentes du 19e siècle. Raison pour laquelle elle poursuit sa recherche en littératures à l’UdeM…

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