1ER CYCLE

C’est le petit nouveau qui fait grand bruit depuis que sa création a été approuvée en mars 2017 : le baccalauréat en cultures visuelles. Pourquoi un tel engouement? Éléments de réponse avec Sébastien Lévesque, responsable de formation professionnelle.

À quels besoins spécifiques la création de ce bac en cultures visuelles répond-elle?

Depuis maintenant près de quarante ans, la notion de visual culture a fait son apparition dans le monde anglo-saxon. Elle renvoie à l’omniprésence des dispositifs de visualisation et à la création d’artefacts visuels (signes, images, décors…) fabriqués par les cultures humaines. Ces « cultures visuelles », au sens où nous l’entendons, s’intéressent donc, dans une perspective interdisciplinaire, au concept d’image sous toutes ses formes (y compris sonore), ainsi qu’aux artefacts et aux dispositifs de représentation visuelle présents dans toute culture. Les médias visuels remplissent des fonctions vitales dans la plupart des industries d’aujourd’hui. La société contemporaine est propulsée par les images; la discipline des cultures visuelles a, par conséquent, une application pratique importante en milieu de travail. La création chez nous de ce BACCAP, c’est-à-dire d’un baccalauréat par cumul avec appellation en cultures visuelles, liera enfin nos trois mineures déjà offertes – en études cinématographiques, en histoire de l’art et en études du jeu vidéo – dans cette perspective unique.

Qu’apporteront aux étudiants et étudiantes la confrontation et l’imbrication de ces trois disciplines?

L’étude comparative des approches et des concepts propres aux trois disciplines à laquelle les étudiants et étudiantes seront conviés leur offrira une connaissance plus complexe des multiples facettes des phénomènes « image et son » et de leur impact sur les réalités culturelles, éthiques, politiques et sociales contemporaines. L’étude de l’image interactive, par exemple, telle que développée par le jeu vidéo, ouvre de nouvelles voies à la compréhension de l’interactivité au musée et au cinéma tout en jetant une nouvelle lumière sur le rôle des arts et des technologies dans la construction de la subjectivité et la distribution du pouvoir dans les sociétés contemporaines. La question de l’immersion qui traverse le jeu vidéo, le cinéma en 3D, l’installation médiatique et l’art numérique dans ses différentes formes, traitée dans une perspective interdisciplinaire, permet de mieux saisir les transformations du comportement humain, de s’interroger sur les limites du corps, de se questionner sur la séparation entre l’espace et le temps, ainsi que sur l’opposition réel/fiction. Ce ne sont que des exemples, des pistes de réflexion qui nous paraissent urgentes dans toute démarche citoyenne en phase avec le monde actuel.

Pourquoi ce diplôme est-il unique au Québec? Qui a eu l’idée de le lancer à l’UdeM?

Si l’on tient compte de la volonté de l’Université de Montréal de créer davantage de baccalauréats par cumul avec appellation, notre département semblait tout désigné pour ce type de programme à visée interdisciplinaire. Dès le début du mandat de Silvestra Mariniello, directrice du Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques, il y a eu une réelle volonté de renforcer la synergie et la collaboration entre les différentes disciplines de notre département (quatre au total, si l’on y inclut la muséologie). Avec l’arrivée récente du professeur Nicholas Chare, spécialiste en Visual Studies et responsable du cours intégrateur, le contexte était mûr pour la création d’une telle proposition en « cultures visuelles », venant en quelque sorte combler un vide dans l’offre de programmes de nos universités québécoises. Sa création permettra au département, d’une part, de mettre à profit son expertise de grande envergure dans les domaines de l’histoire de l’art, des études cinématographiques et des études du jeu vidéo et, d’autre part, de renforcer notre réputation nationale et internationale. Ainsi, nous sommes les premiers à offrir un tel diplôme non seulement dans la région montréalaise, mais dans la francophonie également.

D’après vous, quels sont les cours les plus originaux que les étudiants peuvent suivre durant cette formation?

Le cheminement du BACCAP a été pensé afin de bien mettre en valeur plusieurs des cours déjà offerts dans nos différents programmes et qui affirmaient d’emblée leur multidisciplinarité, que ces cours possèdent un sigle d’histoire de l’art, de cinéma ou de jeu vidéo. Il y aura donc une « valeur ajoutée » à chacun de ces cours, du fait de leur combinaison dans cette perspective en cultures visuelles. Les étudiants pourront ainsi mettre en relation des notions abordées dans des cours tels que Ciné-histoire de l’art (cours HAR) ou Immersion et expériences médiatiques (JEU) avec d’autres développées ailleurs, comme dans Architecture, art et utopies (HAR), Cinéma documentaire (CIN) ou encore Scénarisation et nouvelles plateformes (JEU). Les étudiants seront également invités à suivre un certain nombre de cours au choix offerts dans différents autres départements. Je pense à des cours tels que Le textuel et le visuel en littérature comparée, Le visuel artistique et l’imaginaire en anthropologie ou encore Design et cultures matérielles, à la Faculté de l’aménagement. C’est cette perspective précise qui bonifiera l’originalité et la valeur de chacun des cours du programme.

Quels métiers les étudiants pourront-ils exercer une fois leur diplôme en poche? Avez-vous des exemples d’entreprises montréalaises qui pourront les employer à l’issue de leurs études?

Grâce aux méthodes et aux approches élaborées à l’intérieur des trois disciplines, le BACCAP préparera les étudiants à jouer un rôle actif dans l’élaboration de la culture visuelle du XXIe siècle et à atteindre l’excellence universitaire dans la discipline des cultures visuelles, tout en développant un fort sentiment d’intégrité intellectuelle, une connaissance approfondie du domaine, une pensée critique et créative, ainsi qu’une responsabilité plus sociale. Il leur offrira des compétences pertinentes pour un futur emploi dans des domaines tels que la publicité et le marketing, la gestion des arts, le patrimoine culturel, l’éducation, les médias et les arts du spectacle. Il fournira donc d’excellentes bases dans les trois disciplines ainsi qu’une perspective globale sur la culture visuelle, ce qui ne manquera pas d’intéresser de potentiels employeurs. La compréhension globale des questions touchant la politique visuelle et l’éthique des images que le programme fournira, associée à l’acquisition d’un ensemble de compétences exceptionnellement adaptables, permettra à nos diplômés de se démarquer face à des employeurs potentiels. À long terme, le BACCAP en cultures visuelles est également avantageux pour la communauté parce qu’il prépare les étudiants à réfléchir d’une manière socialement responsable au sujet de la production et de la réception des images et à développer une sensibilité culturelle qui est cruciale dans le marché mondial d’aujourd’hui.

À propos de l'auteur
Daisy Le Corre

Daisy est journaliste et chargée de projet au Service de l'admission et du recrutement. Amoureuse des mots et de la vie des gens, elle a toujours des idées plein la tête! Indiscrétion : elle voue un culte infini à Catulle Mendès, l'auteur qui lui permet d'étudier l'androgynie dans les oeuvres décadentes du 19e siècle. Raison pour laquelle elle poursuit sa recherche en littératures à l’UdeM…

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